Contes et légendes « Argonautique » – Ces BECISTES amoureux des vieux gréements.

Contes et légendes « Argonautique » – Ces BECISTES amoureux des vieux gréements.

« Hardi les gars, vire au guindeau
Good bye farewell, good bye farewell
Hardi les gars, adieu Bordeaux
Hourra! oh Mexico ooo » ….

Ce samedi 4 mai 2019, notre Amiral de la flotte, M. Robert SIRAT, grand marin devant l’éternel et que la « Royal Navy » nous envie (nos « amis » Anglais ne l’auront jamais… Qui plus est, avec le Brexit, ils peuvent se brosser…), avait organisé une Armada qui partait à la découverte du Bassin d’Arcachon.

 

R. SIRAT « L’Amiral »

A bord de  « l’ArgoNotes » au départ du Port de Larros à Gujan-Mestras, il fut rejoint par une douzaine d’équipiers bécistes et matinaux (ce n’est pas incompatible …). L’embarquement sur ce vieux gréement se passa remarquablement bien. Chacun avait prévu son paquetage et l’avitaillement qui va avec pour ce type de navigation musclée.

Extrait du Livre de Bord – Rôle d’équipage :

Chef de Bord : – Robert Sirat (dit « l’Amiral) – * * *
– Commandant en second : – P. De Galzain (dit « Fastnet ») – 5 galons panachés
– 1er Capitaine : – P. Maurer (dit « Pilou ») – 3 galons d’or
– 1er Lieutenant : – JP. Arnouil (dit «Laurel ») – 2 galons d’or
– 2ème Lieutenant : – JM. Durand (dit « Hardi » – 2 galons d’or
– 3ème Lieutenant : – AC. Vannier (dit « In Vino Véritas » – 2 galons d’or
– 4ème Lieutenant : – JB. Villafranca (dit « Paparazzi » – 2 galons d’or
– 1er Maitre : – MJ. GiIlbert (dite « Julie » – 1 galon d’argent
– Second Maître : – L. Maurer (dite « Line) – 2 galons d’or biaisés
– Second Maître : – M. Durand (dite « La Belle Hardi » -2 galons d’or biaisés
– Second Maître : – B. De Galzain (dite « La Baronne Blonde » -2 galons d’or biaisés
– Quartiers Maîtres : – 3 hommes d’équipages de l’Argo Notes =2 Manoeuvriers et 1 Bosco. Nota : – Les noms sont illisibles sur la page…

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La météo marine était, ce jour-là, pour le moins défavorable. En effet, vent de N/NW force 4 à 6 Beaufort. Ciel chargé de gros Strato Cumulus dès le petit matin. Il est clair que ce n’était pas un temps de demoiselle qui leur était proposé dans cette aventure.

Qu’à cela ne tienne !

Robert, ce grand coureur des mers, donne l’ordre d’appareiller… Tous aux postes de manoeuvre, les équipiers sont concentrés.

« Rouge sur rouge rien ne bouge »…. Forts de cet adage, les bécistes soudés comme un seul homme, sont aux ordres et à l’unisson.

Nous larguons les amarres : – Larguer ? – Largué ! , et quittons « gentiment » le port de Larros….

Quelques minutes plus tard (il est 9h30), nous embouquons le Chenal du Passant. Le barreur met l’ArgoNotes bout au vent et l’Amiral donne l’ordre à hisser les voiles de ce gréement Aurique. La Grand-Voile en premier ; les deux focs d’avant en suivant. Manoeuvre nickel-chrome !

Le vent portant nous permet de longer tribord amure et allègrement – d’Est en Ouest – la côte devant Arcachon. De saluer au passage la jetée d’Eyrac où sont agglutinés quelques touristes matinaux (aux nombreux cheveux gris qui nous font penser que ce sont des retraités….).

Arrondissant la pointe juste avant Perreyre, nous filons devant le Mouleau et les Abatilles. L’Architecture bétonnée du front de mer d’Arcachon a disparue pour faire place à une guirlande blanche de belles villas en première ligne. A ½ mile nautique de la côte, nous marchons allègrement à 5 – 6 noeuds. L’ « ArgoNotes », ce fringuant Galion trace fièrement un sillage rectiligne et blanc d’écume de mer.

C’est le bonheur total à bord et là nous découvrons alors sur bâbord (dans le 180° au compas…) une dune blanche de rêve. Nos regards émerveillés s’illuminent devant la grandiose et pure beauté de cette fabuleuse Dune du Pilat.

Au passage ; un peu déconcentré, le barreur n’a pas vu des lignes de pèche qui barraient notre route. Il arrache tout !
Des hurlements de pêcheurs du samedi nous font sortir de notre torpeur maritime.
Du bateau de pêche (un frêle esquif de 5 m de long), 3 marins de pacotille nous interpellent vivement :

– Gros Connauds ! Enfoirés ! Enc…. ! Retraités !!! – J’en passe et des meilleures…

Comme à son habitude, « L’Amiral » reste impassible  :

Il répond simplement à ces insultes par une expression savoureuse et d’une main tendue vers le frêle esquif ; annonce : – « Voyons Messieurs ! – A chacun son plaisir !!!). Aucune réaction de la part des marins pêcheurs antagonistes. Le vent a sans doute emporté les mots de l’Amirauté.

Quelques encablures plus loin, au niveau du banc d’Arguin, nous virons de bord, Lof pour Lof ; pour faire cap sur la pointe du « Ferret » – (Si vous mettez l’accent des Snobs Parisiens pour citer cet endroit ; vous pouvez sortir vos « petits mouchoirs »….).

Longeant la rive enrochée par endroit avec quelques successions de plages au sable fin et doré nous admirons ces lieux bénits des dieux :

– « Chez Hortense » restaurant connus pour ces moules marinières et son Turbo « Very Expensive » (La rançon de la gloire…).

A quelques longueurs, nous découvrons la petite presqu’île du Mimbeau où quelques pins parasols résistants mais solitaires semblent vous saluer en passant –  Hardi les Filles !        Hardi les Gars !

Passage devant la plage du Phare qui lui est en arrière-plan, majestueux et phallique. Il domine de sa pointe rouge et de son feu à occultation (ll ne pouvait en être autrement…) ; toute les entrées des passes du Bassin
d’Arcachon entre : – Biscarosse – Banc d’Arguin – Banc du Toulinguet – Pointe du Ferret. C‘est un amer remarquable précieux pour les marins qui viennent du large.

Pour les puristes :
Lanterne Lampe halogène 1 000 W
Optique
Lentille tournante 4 panneaux 1/4
Focale 70 cm
Portée 22,5 milles (41,7 km)
Feux Feu à éclats rouges, 5 s

Ceci étant précisé : – C’est bientôt l’heure de l’Apéro…. Nous rasons la jetée de Bélisaire (sans arracher les lignes des cannes à pêche) – « A chacun son plaisir !» et quelques dizaines de longueur plus loin, le barreur se met au moteur et place « l’ArgoNotes » bout au vent pour affaler GV et Focs. L’équipage est rodé ; la
manoeuvre exécutée sans accroc.   – Génial !

Au moteur nous rejoignons un mouillage dans le chenal devant le fameux « Camp Américain » – Légèrement à droite, protégé du vent dominant par la Dune qui s’élève derrière la glorieuse villa « La Madeleine » et pile poil en face de la magnifique maison sur pilotis de Françoise et Francis Negrevergne (deux grands marins s’il en est….). Envoyez les couleurs !

Deux gabiers sont au guindeau et coordonnent la descente de l’ancre à jas. Petite marche arrière… Le mouillage est assuré.

Nous sommes vraiment bénis des dieux ! Le ciel est découvert et d’un bleu pastel d’aquarelliste. C’est le temps de faire escale pour les agapes et se refaire une santé.

L’équipage est abasourdi, admiratif de la beauté des lieux.

Les langues commencent à se délier. Les conversations vont bon train. Les « pop’s » successifs des bouteilles que l’on débouche rythment suavement un apéro bien mérité qui nous permettra d’attendre allégrement nos amis marins embarqués sur le bac à voiles « Pdt Pierre Mallet » au départ d’Arcachon en fin de matinée.

Le temps suspend son vol. Cependant, les « Pop’s » alcoolisés continuent sournoisement de donner le tempo…              – Verres sur Verres tout s’éclaire  !!!

Il est 13h00 – Nous vîmes alors venir, sous le vent à nous, le fabuleux bac à voile « Pdt. Pierre Mallet ». Dans une majestueuse manoeuvre digne des Grands Cap-Hornier il réussit un affalage de compétition (- Sont en régate les Gonzes !).

Moteur ! Dans une large boucle et tout en finesse aquatique, « Pdt. Pierre Mallet » vient se mettre à couple de « L’ArgoNotes ». Les pares battages sont à poste. Les amarres sont aux taquets. Bord à Bord les deux galions sont jumelés. Ici pas de clapot ; Tout baigne…

Les deux équipages, heureux de se retrouver après cette première étape maritime, se congratulent et partagent joyeusement les délices liquides et gastronomiques de leur cambuse. – Santé ! Tchin ! Tchin ! A la vôtre !
Les vins Blanc et Rosé sont bien frais ; Parfaitement à point pour déguster quelques délicieuses douzaines d’huitres du cru. Nous faisons très couleur locale… Il faut dire que les vareuses d’ostréiculteurs/trices sont de sortie.

 

–   » Et que je te fais goûter mon foie gras fait maison…. – Et que j’aimerais que tu prennes de ma salade tropicale… – Mon fromage des Pyrénées avec des Cerises d’Itxasou vous convient-t-il ? – Ma tarte aux pommes ! Qui veut de ma tarte aux pommes ? »….

Une débauche de bonnes et belles choses pour ces Epicuriens qui font le désespoir des meilleurs nutritionnistes.

C’est la fête !!!

 

A l’heure du Digestif c’est le Rhum arrangé qui fait un tabac (de Cuba bien sûr…).

L’Ambiance « chalumée » est à son comble ; et là – c’est « L’ACCIDENT » !

Notre ami « In Vino Véritas », gaillardement debout sur la plage arrière, est sournoisement bousculé par la queue d’un chien errant  (tan-plan)  de mer (Il s’était embarqué comme clandestin pour rejoindre le Ferret depuis Gujan), tombe à la mer dans un double salto arrière non contrôlé. L’eau est à 14° Centigrade. Le courant est à cette heure-là très fort – Nous sommes effectivement dans la 3ème heure du montant et si vous appliquez la fameuse règle des douzièmes relatives à la puissance des marées, nous sommes donc à 3 douzièmes – C’est-à-dire au plus fort du courant pour cette marée qui a en plus un coefficient important (86).

Pas de panique ! L’homme est costaud et bon nageur… En quelques brasses majestueuse, il arrive à agripper le tableau arrière du « Pdt. Pierre Mallet » et grâce à l’aide de deux équipiers expérimentés :  il remonte à bord.

« In Vino Véritas » est sauvé. Il remercie chaleureusement (si je peux m’exprimer ainsi après avoir passé 10’ dans une eau à 14°…. Pas de couverture de survie à bord, mais après une bonne lampée de Rhum, voilà notre homme requinqué.

            Plus de peur que de mal !

Chanson : – C’est pas l’homme qui prend la mer mais c’est la mer qui prend l’homme… (Merci Renaud !).

Après cet épisode de cascadeur, nous reprenons les choses en main. L’équipage se remet au travail et range le bateau. Tout est nickel à bord et nous nous préparons à boucler le parcours.

« L’Amiral » scrute le ciel et remarque que celui-ci est pommelé… Il annonce :

« Ciel pommelé et femme fardée sont de courte durée »

Cet adage maritime est très significatif – Il indique que le temps va changer et ce ; rapidement.

Il nous faut quitter, illico presto,  ce mouillage confortable car ça va se gâter…

          Branle-bas de combat !

En quelques minutes les deux galions ont appareillé, direction le fond du bassin via un Tour de l’ïle aux Oiseaux, dans le sens des aiguilles d’une montre.

Le vent est monté et je peux vous dire que ça trace. Dans une mer gris antracite, le clapot est court et haché. La crête blanche des vagues explose à l’avant. Le cockpit est noyé, nos fonds de pantalons sont trempés.

Le ciel devient noir……. De pommelé, il s’est chargé de lourds nuages sombres, gros Nimbostratus avec virga.            Dur ! Dur !

– Comme on dit ici : – Ca « barsaille » grave !

La pluie fait des claquettes sur les voiles en tension extrême. Nous n’avons pas le temps d’apprécier la beauté des petits villages qui défilent sur babord (La Vigne -l’Herbe – le Canon – Grand Picquey – Petit Picquey).

A hauteur de la Pointe aux Chevaux, nous abattons légèrement et sommes au portant pour rentrer dans le chenal de l’ïle. Cap au NE – 45° compas – Nous défilons le long des pignots et respectons les balises cardinales N (pointe vers le haut) en les laissant sur tribord.              Nous sommes plein chenal.

La pluie a redoublé d’intensité et nous rince copieusement le visage. A ½ mile devant nous « Pdt. Pierre Mallet » trace rapidement sa route vers Arcachon.

Dans le grain, trempés jusqu’aux os (quel temps de chiens !!!!), nous devinons sur tribord, les fameuses         « Cabanes Tchanquées ». Aujourd’hui, elles garderont leur secret de marées.

Devant le port de plaisance d’Arcachon nous réalisons un bel empannage et sur le bord suivant remontons au près serré vers Gujan.

Quelques minutes plus tard : – Moteur ! – Affalage de toute la toile nous remontons l’Estey qui nous conduit au petit port de Larros.                                 La boucle est bouclée.

L’arrivée dans le port est quelque peu « heurtée » et nous mettons quelques « gnons » aux bateaux au mouillage… Il est vrai que « l’ArgoNotes » est un bateau lourd, avec beaucoup d’inertie. Mais quand même !

Il est 17h30 – Bon ! – Nous sommes à quai ; Sains et saufs ; c’est là l’essentiel.

L’équipage se congratule et remercie chaleureusement « l’Amiral » qui est dans ses pensées poétiques :

« L’amiral Larima
Larima quoi
la rime à rien
l’amiral Larima
l’amiral Rien. »

Merci à Jacques Prévert.

Alors que sur le ponton, les équipiers se réchauffent par des frictions corporelles qui n’ont rien à voir avec les massages Thaïlandais et revêtent des vêtements secs ; Notre ami « In Vino Véritas » nous refait une cascade de fond de bassin. C’est-à-dire  : – un peu vaseuse… En fait, aux effets toniques d’un massage musclé il a préféré un bain de boue.       « – A chacun son plaisir ! ».

C’est en chantant que cette fine équipe de « Barsailleurs », se quitte pour quelques instants de repos, avant de retrouver en fin de soirée leurs amis Bécistes pour un Apéro (encore un !!!) et un diner Festif au Golf International d’Arcachon. Mais ceci est une autre histoire qui vous sera contée plus tard.

Chanson  (pour écouter cliquer sur >    « Hardi les gars, vire au Guindeau … »

Et pour en finir :

Le BEC !  : – Ce n’est pas « l’amer » à boire …     

En fait ;  C’est le bonheur de trinquer ensemble à l’amitié et à la fraternité. C’est aussi la fierté de porter en mer son légendaire Maillot Rouge….

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  • Crédits Photos : – Jean-Bernard Villafranca,  dit aussi « le Paparazzi »
  • Texte : – Jacques Cougouille,   dit « Papi Jacques » ou « Capt’n Jack »